Mercredi 30 Janvier 2008
Nous vivons dans un pays que d’aucuns qualifient, à juste titre d’ailleurs, d’Etat rentier et bureaucratique, où sévit le bricolage, l’amateurisme, le clientélisme, le népotisme, … et toute sorte de maux à faire pâlir de jalousie les plus grandes républiques bananières. Il faut dire que nous sommes passés maitre en l’art de la gestion catastrophique des affaires de l’Etat. C’est le seul domaine dans lequel nos chers décideurs se montrent encore inventifs. En témoigne toute l’agitation, de ces derniers temps, qui atteint tout le microcosme politique et qui concerne le fameux troisième mandat pour Bouteflika. En effet, il ne se passe pas un seul jour sans qu’une personnalité politique, une organisation syndicale, une association culturelle, un parti politique, un chef de tribus, …, ne manifeste son soutien indéfectible au président-candidat. L’élection présidentielle est prévue pour 2009, mais les résultats sont déjà connus. Il ne nous reste à savoir que les pourcentages exacts et les autres malheureux prétendants à la magistrature suprême.
 Pour cela, Belkhadem, qui est encore, pour rappel, chef du gouvernement – au cas où on l’aurait oublié –  et ses acolytes épuisent l’essentiel de leur temps à nous vendre un troisième mandat avec en prime des frappes chirurgicales sur la constitution. L’Algérie est le seul pays où le chef de l’exécutif s’occupe plus de la réélection de son patron direct, oubliant ainsi les problématiques et les préoccupations auxquelles se confrontent quotidiennement le citoyen. C’est sans doute parce qu’il est plus facile de travailler et de manœuvrer pour le plébiscite de Bouteflika que de traiter les différentes crises qui minent le moral des ménages algériens : logement,  pouvoir d’achat, éducation, situation sécuritaire,  etc.
L’ami qui ne nous veut pas du bien, en l’occurrence Belkhadem, nous entraine sur une pente glissante. Il nous invite à brader un acquis démocratique, à savoir l’alternance, au profit d’une présidence à vie, avec toutes les conséquences désastreuses qui en découlent. En effet, outre le passage à un régime à la tunisienne, c’est toute la mécanique de la dynamique démocratique amorcée en 1988 qui en pâtira. Et c’est malheureusement nous, les citoyens désabusés et marginalisés, qui allons subir, une fois de plus, les conséquences de cette régression démocratique.   
      
Lundi 14 Janvier 2008
Depuis que j’ai décidé de soutenir la candidature du président pour un troisième mandat, j’ai un planning de fou. Je dors, en moyenne, trois heures par jour. Et ce n’est que le début, car on est seulement en pré compagne. Faut dire qu’il y a tellement de choses à faire. En effet, entre la lecture des motions de soutien qui affluent des quatre coins du pays, la lecture harassante des éditos dithyrambiques d’El moudjahid et la recherche d’éventuels soutiens de marque, qui vont s’ajouter à la pléthore d’associations et organisations, il ne me reste plus beaucoup de temps à moi.
 
C’est la rançon du succès, me direz-vous. Sans doute ! En m’engageant activement dans se combat post électoral, je savais très bien que je ferai énormément de sacrifices, à commencer par ma vie familiale. D’ailleurs, tous nos sujets de dispute avec ma copine, en ce moment, tournent autour de la situation politique de notre pays, surtout que moi j’ai pris le contre-pied de ses positions. Elle n’arrive pas à comprendre comment j’ai pu piétiner et balayer soudainement les aspirations démocratiques qui ont bercé ma jeunesse, après des années passées dans le camp de l’opposition. A chaque fois qu’elle me regarde, elle ne peut pas s’empêcher de verser une larme, non seulement parce que mon nouveau combat l’exaspère, mais surtout parce qu’elle a l’impression de vivre avec un étranger.
 
Notre amour a toujours porté l’empreinte de nos idéaux politiques. Il ne se passe pas un seul jour sans que l’on parle de politique et des implications que peut avoir un projet de loi, un décret présidentiel, une motion de soutien, …, sur l’avenir du pays. Quand j’essaie de lui expliquer mon engagement actuel, je bute le plus souvent sur son esprit perspicace et ses facultés inouïes d’analyse. L’autre jour, je lui ai dit qu’il n’y avait que l’actuel président pour assumer les chantiers pharamineux qu’il avait lui-même amorcé ; que la grandeur de cet homme nous fera  défaut dans notre marche périlleuse vers le développement. Et c’est là qu’elle me répond d’un air narquois et goguenard : « Sur trente million d’algériens, il n’y pas un qui puisse assumer la fonction présidentielle ω Mais tu plaisantes, mon chérie ! Dans toute démocratie qui se respecte, la gouvernance se fait dans la continuité. Il n’est donc pas nécessaire que l’on ait un même président à vie. Pour chaque mandat, des objectifs clairs et précis doivent être tracés. Afin de mener à bien cette mission, le président donne les grandes orientations et veillent à leur application par l’équipe gouvernementale. A la fin de chaque mandat, le présidant est invité, par obligation morale et par respect des ces concitoyens qui l’ont chargé d’une mission, à faire son propre bilan… »
 
Voilà à peu près ce que j’ai retenu de son discours fleuve. Sachant qu’elle avait raison sur toute la ligne et n’ayant rien à dire pour soutenir la thèse contraire, j’ai décidé de m’éclipser, de me faire tout petit, en faisant semblant de me moquer de ces arguments qui sont, à juste titre, très pertinents. Après cette petite leçon sur la pratique démocratique, J’ai sombré dans un sommeil profond en rêvant d’un portefeuille ministériel au prochain remaniement gouvernemental.
   
 
Samedi 12 Janvier 2008
      Je ne veux plus être le dernier de la classe. Non, j’en ai vraiment marre d’arriver toujours en dernier, d’être celui qui rate tous les bons coups et qui s’attire inlassablement les foudres du maitre. C’est ainsi que pour cette nouvelle année qui commence, comme les précédentes d’ailleurs, j’ai pris une résolution très importante.
        En effet, je ne vous surprendrai pas en vous disant que je compte bien changer et passer, de fait, dans le camp des « winners ». Le camp de ceux qui ont confiance en l’avenir et accueillent le changement les bras ouverts. Ça ne va pas être facile, je le sais. Mais, comprenez-moi, j’en ai ras les … de ne jouer que les seconds rôles. J’aspire à plus, c’est mon droit le plus élémentaire. Bref, vous l’aurez compris, dorénavant, je ne suis plus moi, mais un autre, sans doute meilleur que l’ancien moi ! Pour opérer ma mue, j’ai prévu une stratégie imparable, un procédé des plus sophistiqués et des plus simples en même temps. Que voulez-vous, on n’arrête pas le génie dans sa débauche intempestive et créative.
     En fait, je ne vais pas réinventer la roue. Je vais juste m’inscrire dans l’air du temps et prendre exemple sur mes prédécesseurs. J’ai donc décidé, au grand dam de mes idéaux et principes, dans le sillage du chef du gouvernement, de soutenir publiquement la candidature du « frère » président de la RADP pour un troisième mandat. (Une phrase longue et lourde comme le troisième mandat !) Par conséquent, je soutiens aussi l’initiative de l’autre « frère », à la barbe grisonnante à la François Berléand, Abdelaziz II, de révision de la constitution. Vous voyez tout ce beau monde que je vais fréquenter dans un avenir proche, ce n’est pas rien quand même. Désormais, je porterai un costard griffé Smalto et je ressasserai à l’infini les vieux discours qui ont fait la gloire de nos chers dirigeants. La transparence et les constantes nationales ne quitteront pas ma bouche. Je ne jurerai que par ça. La religion sera mon glaive que je brandirai à chaque fois que mes intérêts et ceux de mes amis seront menacés. Je taxerai tous les opposants à notre politique d’ennemis de la nation et je les accuserai, de temps à autre, pour mon plaisir personnel, d’intelligence avec l’ennemi. C’est comme ça que j’envisage mon avenir de politicard. Pour moi, c’est déjà la compagne. Je ne ferai pas comme tous ces ringards qui vont se décider à la dernière minute de soutenir la candidature du frère, moudjahid, ministre de la défense, chef des armées, président d’honneur de FLN, ami de Bush et des monarques du Golf, rédacteur en chef de l’APS et lecteur assidu d’El moudjahid, …, Abdelaziz I. Maintenant que je suis promis à un bel avenir de suppôt du pouvoir, je vous invite solennellement à rédiger une motion de soutien pour Boutef. Soyez rassurés, nous saurons vous récompenser. Personne ne sera laissé sur le bord de la route. C’est ainsi que ma nouvelle vie commence !

Présentation

fragments

Pseudo: NekkiniCatégorie: SociétéDescription:
Plus d'un, comme moi sans doute, écrivent pour n'avoir plus de visage. Ne me demandez pas qui je suis et ne me dites pas de rester le même : c'est une morale d'état civil; elle régit nos papiers. Qu'elle nous laisse libre quand il s'agit d'écrire. Mich
Recommander ce blog

Recommander

Calendrier

Janvier 2008
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Catégories

Recherche

Portail de l'emploi 100% gratuit

Créer un blog sur dzblog.com - Contact - C.G.U. - Reporter un abus