Cinq. Chiffre magique auquel nos amis tunisiens vont bientôt faire honneur. Cinquième mandat consécutif pour l’énigmatique Benali. Quel exploit ! Il devrait prétendre au prix Nobel de longévité politique, même si les candidats ne manqueront pas. Surtout en Afrique. Un prix taillé sur mesure aux Chefs d’Etats africains. La balle est dans le camp de la fondation Nobel.
Ah, quel bel exemple de démocratie que nous offre notre voisin de l’est. Voyez-vous, on a beau être un grand pays aux potentialités économiques prometteuses, mais on peut toujours apprendre d’un petit pays. Et dire que nous croyions que l’évolution de notre démocratie était sans égale au sud de la Méditerranée. Voilà que les frères tunisiens nous prouvent le contraire et calment ainsi nos ardeurs de peuple qui croit faire enfin partie du giron des peuples qui comptent le plus au monde.
Des failles. Encore des failles et des retards dans notre système politique. Nous ne sommes qu’au troisième mandat. Misérable 3ouhda Thalitha alors qu’à côté c’est déjà la 3ouhda Khamissa. Il faut absolument accélérer les mutations politiques initiées depuis belle lurette. Nous devons impérativement intégrer l’expérience tunisienne dans la construction d’un Etat solide et conquérant. Comme le chemin est long, nous avons besoin du savoir faire politique du RCD tunisien, de leurs différentes expériences concernant le tripotage de la constitution. Croyez-moi, nous gagnerons beaucoup de temps.
Prions dieu qu’ils acceptent de nous livrer le mode d’emploi de la stabilité politique et économique dont la Tunisie jouit. Sinon, on peut toujours demander conseil au voisin mauritanien pour qui le coup d’Etat est encore à la mode !
J’espère que je ne serai pas refoulé à la frontière tunisienne. Non, ils ne feront pas cela. Ça ne leur ressemble pas. Après tout, je ne suis qu’un touriste potentiel qui veut étaler sa chair au soleil de Djerba, en louchant sur les jambes de la jolie boulangère blonde.
Chère jolie boulangère blonde,
Il est évident que mon nom vous soit totalement inconnu. Pour vous, je ne suis personne, un quidam parmi tant d’autres. Je dirai même doublement inconnu puisque je ne fais pas partie ni de la liste des prétendants déclarés à ton amour ni de celle de tes nombreux clients. C’est pour cela que je tiens à m’excuser du désagrément que pourrait, éventuellement, provoquer mon message impromptu.
Si j’ai décidé de vous écrire aujourd’hui, non sans une pointe de honte et de désinvolture, c’est pour vous dire combien vous avez réussi à ébranler toutes mes certitudes cartésiennes. Grâce ou à cause de vous, je ne suis plus le même. A partir du jour où votre visage angélique s’est révélé à moi, la lumière a emplit mon quotidien. Ainsi, un homme nouveau s’est révélé à moi. Je me suis même surpris à composer quelques vers de poésie ! Aussi, ces quelques mots, écrits d’une main tremblante, témoignent de mon désarroi et de ma souffrance ; ils crient mon manque de toi et mon envie de te serrer dans mes bras.
Ne farfouillez pas dans votre mémoire, chère jolie boulangère blonde, vous n’avez aucun souvenir de moi. Cela fait belle lurette que j’ai déserté votre boulangerie, non pas parce que le pain que j’achète n’est pas bon ou que votre beauté ne m’émeut plus, mais simplement parce que les autorités compétentes m’y ont indirectement contraint. En effet, pour balayer tout soupçon sur mon attachement à la patrie, je me suis résigné, la mort dans l’âme, à jouer la carte de l’insensible, de l’inébranlable.
Tout ceci a évidemment un rapport direct avec la situation politique chez nous. Vous n’êtes pas sans savoir que nous sommes à la veille des élections présidentielles et que des frappes chirurgicales sont en préparation sur la constitution dans le but, paraît-il, noble de reconduire notre actuel président à la tête de l’Etat pour un troisième mandat. Et comme je m’oppose à cette pseudo volonté populaire, que les tenants de la pensée unique ne cessent de ressasser dans des discours fleuves, vous comprendrez que je ne pouvais laisser transparaitre la moindre faille dans ma conduite pouvant nuire à mes convictions de militant. De plus, il n’y a pas que ma réputation qui est en jeu, mais celle de toute la jeunesse algérienne qu’on a de tout temps traitée avec dédain et mépris.
Maintenant que le nouveau chef du gouvernement fait le tour du propriétaire, en ayant une pensée pour son prédécesseur démis de ses fonctions, on ne sait pour quelles raisons d’ailleurs, (sans doute parce qu’il était trop bon !), je me plais à croire au jour où le destin nous réunira. Si vous ne croyez pas au destin, j’espère que vous n’allez pas vous moquer du piètre amoureux que je suis. S’il vous plaît, soyez indulgente avec cette âme égarée qui cherche le réconfort en t’adressant ces quelques mots, sans se faire cependant d’illusions sur l’issue positive de sa démarche. Je tiens aussi à vous rassurez quant à la finalité de cette lettre. En effet, je n’attends nullement une réponse de votre part. Cette lettre constitue pour moi une thérapie, un exutoire par lequel je vais expier tout le mal qui me ronge. J’espère que cette initiative malencontreuse m’aidera réellement à vaincre les démons de l’amour qui hante mes nuits depuis quelques mois.
Ne vous culpabilisez surtout pas, chère jolie boulangère blonde. Vous n’y êtes pour rien. Vous ne pouvez pas être responsable de mes égarements amoureux. Votre seul tort, c’est d’être belle ! Pour cela aussi, vous n’y êtes pour rien. Dans la vie, il y a, d’un côté, ceux qui sont nés beaux comme vous et, de l’autre, ceux qui courent derrière la beauté. Vous voyez, il y a comme une barrière symbolique qui nous sépare. Nous appartenons à deux mondes différents, deux univers inconciliables. Cette pointe de pessimisme, qui ne vous aura pas échappé, témoigne de ma volonté de tourner la page, quitte à y laisser des plumes.
Bienvenue