Il y a un truc très chiant dans la vie d'un couple, les disputes. On peut toujours me dire qu'elles sont indispensables pour resserrer les liens entre l'homme et la femme, en crevant tous les petits abcès qui pourraient devenir de grosses tempêtes aux conséquences désastreuses. Cette chanson, comme vous venez de le constater, je la connais par coeur. C'est le genre de discours, relevant du poncif, que chacun de nous ressort pour conseiller un ami qui vient de se disputer avec sa campagne.
Tout cela pour vous dire que je me suis disputé avec ma copine. Rassurez-vous, rien de grave. Non, ce n'est pas ce que vous croyez, ma copine n'est pas encore au courant de mes pulsions incontrôlées pour la jolie boulangère blonde. Jusque-là, je cache très bien mon jeu. Et je compte toujours sur votre discrétion, chers lecteurs ! Notre dispute n'est pas due non plus à un quelconque soutien de ma copine à la désormais presque sûre troisième candidature de Bouteflika.
Je vois votre mine crispée. Vous vous dites certainement : « bordel de merde, qu'elle est la putain de raison de leur dispute ! » Ne vous énervez pas, je vais vous le dire. Patience. Ce qui s'est passé, c'est que en discutant avec ma copine, comme le font tous les couples, nous avions abordé la question des enfants. Et moi, comme un con, je lui ai dit, en y mettant toute ma conviction, que si notre premier enfant est un garçon, on l'appellera Abdelaziz.
Après cette annonce faite sur un ton péremptoire, son visage s'est refermé, effaçant de fait le petit sourire complice qu'elle me renvoyait trente secondes auparavant, elle s'est murée dans un silence assourdissant. J'ai eu toutes les peines du monde à la faire parler. Quand elle a retrouvé sa langue, elle a poussé un cri de rage contre mon choix, selon elle, incongru de prénom. Son seul argument, c'est que ce n'est pas un prénom en vogue et que, de plus, ça fait vieux. Elle ne se voit pas du tout avec un bébé s'appelant Abdelaziz.
Pour la convaincre de mon choix judicieux, j'ai sortie mon argument massue, l'argument qui mettra fin à ses hésitations et appréhensions. J'ai respiré un bon coup, j'ai fixé ses yeux et je me suis lancé : « tu sais, chérie, la plupart de nos dirigeants actuels ont comme prénom : Abdelaziz. Ne me dis surtout pas que c'est un hasard. Ce prénom est bénit des dieux. Tout enfant qui le recevra comme prénom aura un avenir radieux aux plus hautes sphères de l'Etat. Oui, ma chérie, j'ai envie que mon fils fasse une carrière politique. N'ayons pas peur des mots. Je veux qu'il devienne président. Et je mettrai toutes les chances de son côté, à commencer par le prénom Abdelaziz. »
Avant même de finir mon discours fleuve, elle est partie, me laissant seul comme un pestiféré. C'est là que j'ai repensé à la jolie boulangère blonde ; elle au moins doit être plus réceptive à ma lubie de citoyen voulant faire de son chérubin, qui s'appellerait Abdelaziz, le futur président de la République. Je suis sûr que la jolie boulangère blonde trouvera mon idée géniale !
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