« Non ! Mille fois non ! Même pas en rêve. » C’est tout ce qu’elle a à la bouche en ce moment. Je n’arrive toujours pas à convaincre ma copine de rejoindre le comité de soutien, que j’ai créé, pour la candidature de Atika pour un troisième mandat. Pourtant, j’ai tout essayé pour lui faire entendre raison, sans succès. L’heure est grave.
De toute façon, je m’attendais un peu à une telle opposition de sa part. Il faut dire que son intelligence et sa perspicacité ne me facilitent pas la tâche. Mais je ne désespère pas pour autant. Je l’aurais certainement à l’usure.
J’ai beau lui ressasser qu’elle est indispensable à la mission que je me suis assigné, que son soutien à ma démarche ne fera que crédibiliser l’apprenti politicard que je suis, mais ses idéaux se dressent telle une barrière infranchissable m’empêchant de l’associer à mon rêve, un peu fou, de me voir ministre dans le prochain gouvernement.
Il faut que je redouble d’ingéniosité pour infléchir sa position. Pour cela, rien de mieux qu’un bon bombardement de belles paroles et de compliments. Ce stratagème vieux comme le monde fonctionne toujours bien avec les filles, surtout si l’on y ajoute un bouquet de fleurs. Mais je ne m’arrêterai pas là, car ce n’est pas assez suffisant pour ébranler ses certitudes.
Tout à coup, je trouve sublime l’idée d’avoir le portrait du président de la république dans le salon. Oui, c’est ce que je vais faire. Je suis certain que voir la figure du président tous les jours aidera ma copine à dépasser son refus épidermique de soutenir la candidature du raïs. Et j’ajouterai à cela l’écoute quasi quotidienne de tous les discours présidentiels où l’on voit Abdelaziz I taper du poing sur la table. Après quelques jours de thérapie, ma copine changera certainement d’avis. En tout cas, elle a intérêt à le faire, sinon je serai obligé de …
Devons-nous réellement nous réjouir du fait d’être à l’abri de la crise et de tout ? Peut-être. L’avenir nous le dira. Bien essayé H’med. A la prochaine déclaration. Sans rancune.
Ps : Le Clézio est pris Nobel de littérature ; je suis content !
Le bloc opératoire est prêt et le spécialiste en chirurgie constitutionnelle a pu enfin programmer l’intervention chirurgicale. Cette bonne nouvelle va soulager nos aspirations démocratiques qui étaient jusque-là dans l’expectative.
Ne vous inquiétez pas, chers concitoyens, tout ira bien. D’ici deux mois notre belle constitution sera sur pied et respirera la joie de vivre. Il faut dire que nous avons la chance d’avoir le meilleur spécialiste en chirurgie constitutionnelle, Abdelaziz II. Dans le souci de vous rassurer un peu, je vais vous expliquer le déroulement de l’intervention. Notre magicien du scalpel commencera d’abord par l’ablation de l’article limitant le nombre de mandats présidentiels à deux, puis finir par la greffe d’un article qui stipulera création de la fonction de vice-président.
Pour être au point, le secrétaire général de l’ex parti unique est allé faire un stage intensif en Tunisie. Là-bas, la chirurgie constitutionnelle se développe à vitesse grand V. Ne soyez pas étonnés par tant d’investissement et de dévouement, car ce n’est que comme cela que l’on se peaufine. Qu’est ce que vous croyez que Abdelaziz II faisait au moment où vous vous la couliez douce sur une plage ω Eh oui, il y a encore des gens qui travaillent dans ce bled. Prenez donc exemple sur lui.
En fait, pour tout vous dire, notre chirurgien a aussi profité de son voyage en Tunisie pour se reposer un peu, se ressourcer et recharger les batteries. Selon le cousin de l’ami d’une amie qui tient une boutique avenue Bourguiba, Abdelaziz s’est promené dans les rues de Tunis, flanqué d’un pantacourt et d’une chemise à fleurs, en louchant sur les décolletés plus qu’explicitent des européennes de passage. Mais que ceci reste entre nous. Il ne faut surtout pas ébruiter cette affaire sinon notre ami Aboudjera Soltani ne serait pas content.

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